Quelque part, dans le sud-ouest

Vincent,

à quoi songeais-tu ?
A quoi songeais-tu, lorsque tu as voulu aiguillonner le petit peuple par une annonce fracassante ?
A quoi songeais-tu lorsque tu frappais ton clavier pour former tes phrases simples ?
A quoi songeais-tu lorsque tu as estimé qu’un grand quotidien régional devait s’intéresser à ta trouvaille ?

Tu t’es prétendu journaliste « à tes heures perdues ». Comme l’on joue au golf, l’on informe. Comme l’on bêche le jardin, l’on écrit un article. Comme l’on fait cuire des cookies, l’on interroge ses sources. Jamais bien longtemps, donc, et de manière éparse au cours d’une vie. Étrange définition du journalisme que l’on trouve sous ta plume, Vincent. Il est aisé d’imaginer que ceux qui sont journalistes « à leurs heures retrouvées » ont goûté tes paroles.
Car par cette assertion, tu prétends élever l’exposé de classe de troisième au rang de thèse de fin de cycle ; il y a un temps pour tout, Vincent, et notamment, pour l’humilité.
Tu ne démocratises pas, tu ridiculises.

Car informer, laisse-moi t’expliquer, Vincent, en repartant du début ; informer disais-je, c’est – littéralement – imprimer une forme, laisser une empreinte, mouler à sa façon ; songeais-tu un instant que le matériau de modelage fût l’esprit des lecteurs ? L’esprit des gens, esprit qui, en masse, devient sans nul doute mille fois plus souple, comme la chaleur de mains mille fois apposées attendrit la pâte colorée que l’on donne aux enfants pour exercer leur motricité ?
Songeais-tu un instant que tu avais traité le cerveau humain comme un matériau ludique, vaguement parfumé, un peu dérisoire ? Songeais-tu un instant que, grisé par l’excitation du démiurge, ton acte allait emporter dégoût de tes pairs, tristesse de tes victimes – pire ; haine de tes cibles ?
Tu as oublié que l’esprit n’est pas fait de matière, Vincent. Tu as oublié que l’Homme filera toujours entre tes doigts. A quoi songeais-tu.

Tu es entré par la petite porte, tu n’as pas même pris soin d’essuyer tes pieds. Tu t’es dirigé droit vers tes victimes, beautés assoupies. Elles ont levé les yeux vers toi, des yeux empreints de sagesse. Elles ne te faisaient pas confiance – la confiance est l’écu des naïfs – elles t’autorisaient simplement à les suivre ; à défaut de te donner, elles te laissaient prendre.
Mais tu n’as pas pris. Non.
Tu as volé. Tu sais, Vincent, le vol, c’est une soustraction de propriété. Soustraire : tirer, attirer par en-dessous. L’objet reste ; le propriétaire change, et devient illégitime, mais de fait, il s’est attrait la propriété. Ce n’est pas l’objet que l’on vole, c’est la maîtrise que son propriétaire originel en avait.

L’objet est un en-soi, l’objet n’a de sens que lorsque tu interagis avec lui. L’interaction première c’est cette maîtrise, cette appropriation. L’objet n’est ni positif ni négatif. L’objet est neutre. En volant, tu as attribué un autre sens à l’objet de ton larcin. Un sens abject. Un sens que tu as donné à voir, que tu as brandi au bout de ta pique comme un fier sans-culotte, qui se repaît des applaudissements de la foule parce qu’il ne possède que cela pour exister. En volant, tu as usurpé. En volant, tu t’es senti devenir quelqu’un d’important.
Et alors, muni de ce pouvoir, tu as prétendu changer le monde, Vincent. Tu as agité ton chiffon rouge, tu as excité la foule, tu as bandé des ressorts dont tu connaissais le caractère inusable.

As-tu seulement songé que ce que ton vol t’a permis – hurler haro sur l’exercice trop léger d’une profession – c’est aussi ce dont tu témoignais ? Tu as prétendu être journaliste, tu as publié, et dans ta publication, tu jettes l’opprobre sur ceux dont tu dis qu’ils ont prétendu être magistrats, et ont jugé ? Il est temps de frotter de nouveau au tain brillant ta glace dépolie, Vincent. Il est temps d’observer tes yeux, ton visage, qui sont bien plus hauts que ton nombril.
A quoi songeais-tu, Vincent. Tu as fais l’office du sycophante : tu as gagné de l’argent en dénonçant. Fut un temps où c’était un métier. Tu aurais pu te réclamer de celui-là, sans que l’on puisse te reprocher de mentir. Mais tu n’as pas eu cette finesse. Tu as préféré te revendiquer d’un corps qui n’est pas le tien, en usant d’un stratagème qui n’est pas non plus le tien. Tu as voulu asseoir ta position bancale. Tu t’es fait le ramasse-miettes de la PQR, pour espérer pouvoir devenir, un jour, l’aspirateur de table de la presse nationale.

Car au fond, voici venir ton mobile : tu n’es personne, Vincent. Tu n’es pas journaliste, parce que c’est une profession. Tu n’es pas homme de société, parce que c’est le propre de l’homme humble. Tu n’es pas fiable, parce que tu rends déformé, brisé, détruit, ce que tu as pris.
Tu es une petite personne, parce que tu ne peux grandir que pour autant que les autres rabougrissent. Tu es vindicatif, jaloux, égoïste, coléreux. Tu as voulu que le monde entier te regarde à travers le prisme de la délation, Vincent.

Bravo, tu as gagné.

 

 

 

 

Pour savoir où se dirige ma colère, lisez le superbe billet de Titetinotino 

ainsi que celui de Padre Pio 

et de Chris PJ